René Fonck (1894-1953), l’"As des As". Mythe et oubli

Par : Seb

Présentation du sujet : pourquoi s’ intéresser à René Fonck ?


Habitant à Gérardmer mais étudiant à Strasbourg, je suis passé de nombreuses fois par la route de Saulcy-sur-Meurthe, au bord de laquelle trône sans prétention un petit panneau jaune. Sur ce dernier est dessiné un avion surmonté de l’inscription : « Pays natal de René Fonck, As des As 14-18 » (cf. photo en Remerciements). S’enorgueillir d’un as des as, voilà une idée qui était peu banale pour qui n’est pas familier des manuels d’histoire aéronautique. J’ai pourtant constaté après un bref examen biographique, que bien des choses auraient pu être dites sur le pilote dont seul cette borne routière venait rappeler aux automobilistes l’existence. De là est né mon intérêt pour l’aviateur, meilleur chasseur de la Grande Guerre, à qui les ouvrages préfèrent pourtant « l’archange » Georges Guynemer.

L’oubli du personnage semble en effet patent et est récurrent des discours sur le pilote, les quatrièmes de couverture des biographies évoquent tantôt un homme « enseveli sous une chape de silence depuis plus de cinquante ans, » tantôt un « Fonck presque totalement oublié. » En 1981 dans Historia, Patrick Bouisdénonçait déjà un oubli anormal d’un héros de la Grande Guerre : « Son soutien et sa fidélitéau maréchal Pétain, son rôle dans l’entrevue de Montoire, contribuèrent dans les temps manichéens postérieurs à 1944, à minimiser, voire à occulter son souvenir. » De fait, à ce jour, aucune promotion, ni de l’École de l’Air, ni de l’École militaire de l’Air n’ont rendu hommage au Vosgien en prenant son nom pour baptême depuis leur création (respectivement en 1935 et 1945), quand les autres as principaux ont déjà bénéficié de cette reconnaissance.

Et les témoignages d’un relatif oubli pourraient être multipliés à l’envi, soulignés depuis une dizaine d’années au terme des quelques rétrospectives sur le pilote. Pourquoi et comment cet anonymat relatif de Fonck est-il survenu ? Quels mécanismes ont pu guider cette tombée dans l’oubli d’un député-aviateur qui avait a priori tout pour figurer en bonne position dans le roman national, composé de héros militaires et de gloires savantes ? Tout porte à croire que cet oubli est en lien avec l’implication du pilote dans le régime de Vichy, mais est-ce aussi simple ?

L’idée n’est pas ici de réhabiliter l’homme et ses actions. Comme l’a exprimé par ailleurs Alain Corbin, « l’Histoire n’est pas un tribunal. » Cela reviendrait par ailleurs à s’exposer aux dangers d’un relativisme historique contre lequel mettait en garde Pierre Vidal-Naquet, et la création d’une « contre-mythologie » tel qu’analysé par Erik Neveu. Le but n’est pas non plus de rapporter les haut-faits de la vie de Fonck, ce qui a déjà été réalisé par ailleurs. Il s’agit davantage de les analyser et de comprendre. De son vivant, cet homme disposait de plusieurs arguments qui auraient pu lui permettre de marquer durablement l’histoire nationale – sans pourtant que cela se concrétise réellement de nos jours. Pourquoi ? Comment ? Vivant suffisamment longtemps, au contraire de beaucoup de pilote, pour prendre part aux deux conflits et être un acteur de l’Entre-deux-guerres, l’homme dispose ainsi de tous les atouts propres à intéresser l’historien. Les différentes biographies réalisées ont toujours pris la forme de chroniques accumulant les notes et témoignages sur la vie du pilote, dans un cheminement logique depuis son statut d’as de l’aviation jusqu’à l’inéluctable « faux-pas de Vichy » devant frapper à jamais le pilote du sceau de l’oubli. Cette narration linéaire semble trop simpliste. De fait, comme le relevait encore Vidal-Naquet en 1987, « outre qu’elle dissimule ses partis pris, [la chronique] échappe au souci de l’intelligibilité. » C’est à cette intelligibilité que nous proposons de redonner une place centrale.
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